Connaître et co-naître (Mc 1, 29-39)
- Isabelle Halleux
- 8 janv. 2024
- 5 min de lecture
Dernière mise à jour : 10 janv. 2024
Lectures du 10/1/24 : « Parle, Seigneur, ton serviteur écoute » (1 S 3, 1-10.19-20) et Évangile selon Marc (Mc 1, 29-39) - https://www.aelf.org/2024-01-10/romain/messe

Nous fêtons le 10 janvier Saint Grégoire de Nysse, Père de l’Église, théologien, mystique de grande envergure. Né vers 335, il a apporté une contribution majeure à la théologie chrétienne, notamment dans la défense de la Trinité et la lutte contre l'hérésie arienne. En tant qu'évêque, il a promu la vie monastique, la contemplation spirituelle et la charité envers les pauvres. Il a laissé de nombreux écrits, inspirés bien sûr du christianisme, mais aussi par des grands philosophes grecs, dont Platon. Je vous donne une citation de Grégoire de Nysse : « Chercher n'est pas une chose et trouver une autre, mais le gain de la recherche, c'est la recherche même. » (Homélies sur l’Ecclésiaste). Avec une phrase pareille, il aurait pu devenir le saint patron des chercheurs !
Nous lirons, du chapitre 3 du premier livre de Samuel, le récit d’un moment décisif : celui où le jeune garçon est appelé par Dieu. Par trois fois, la nuit, le Seigneur l’appelle mais il ne comprend pas qui l'appelle : il pense que c’est le prêtre Éli avec lequel il assure le service du temple. La répétition de l'appel et la guidance d'Éli disent que la patience et la persévérance sont nécessaires pour entendre et comprendre la voix de Dieu. La clé en est sans aucun doute dans la relation intime avec Dieu… et dans son écoute ! « Parle, Seigneur, ton serviteur écoute ».
D’écoute de Dieu, de relation intime avec lui, de réponse à son appel, il est évidemment question dans l’Évangile du Marc. Notre lecture se situe au chapitre 1 : Jésus a été baptisé par Jean, il a appelé des disciples, il enseigne en Galilée, à la synagogue de Capharnaüm. Capharnaüm, son magnifique environnement, son lac à -200m d’altitude, ses oliviers, sa lumière, ses montagnes rocailleuses à 900m. Écoutez bien (lisez bien) ce qu’y fait et dit Jésus, ce jeune trentenaire plein d’énergie…
Méditation
Dans son Évangile, Marc montre le Christ en mouvement permanent : il bouge beaucoup et enchaîne beaucoup de choses, sans perdre de temps. Marc nous « raconte » Jésus pour nous apprendre à le connaître et à connaître Dieu, son père. C’est un beau mot : « connaître ». Un mot pour un beau jeu de mot : Co-naître - Naître avec.
Reprenons un à un les mouvements de Jésus et voyons ce que nous apprenons du Christ et ce que cela nous renvoie qui nous permet de le connaître et de co-naître.
1. Jésus sort de la synagogue où il a enseigné un jour de sabbat. Il est rabbi. Quoi de plus normal que d’enseigner, pour un rabbi ? Il connaît bien la religion juive, il la vit de l’intérieur. Il en apprend aux autres sur les écritures et sur Dieu, en ramenant à l’essentiel (qui n’est pas loi). Il sait de quoi il parle, et il le fait bien… « Il enseignait en homme qui a autorité. On était frappé par son enseignement » (Mc 1, 22). Il est écouté, renommé. Jésus parle de Dieu. Jésus parle en Dieu [1]. Ou : Dieu est en Jésus qui parle. Dieu parle par Jésus.
Je sors de l’église, d’une retraite, d’une lecture qui me parle de Jésus, de Dieu, d’un thème spirituel particulier. Comment ai-je écouté ? Qu’ai-je entendu ? Qu’est-ce qui me frappe ? Qu’est-ce que cela va changer dans ma vie ? Comment est-ce que je témoigne de ce que j’ai appris, de ce que j’ai vécu, de ce que je vis de Dieu ? Comment Dieu vit-il en moi et moi en lui ?
2. Aussitôt sorti, Jésus va avec Jacques et Jean, et entre dans la maison de Simon et André. Il y est accueilli. « On » lui parle de la belle-mère de Simon qui a de la fièvre. Jésus prend l’initiative : il lui prend la main. Jésus accueille en Dieu. Ou : Dieu accueille par Jésus. La belle-mère se lève, en confiance. Sa fièvre la quitte, son état « limitatif » est oublié, envolé.
Comment est-ce que j’accueille le Seigneur quand il entre chez moi ? Quand il y est introduit par la famille ? Par des amis ? Est-ce que je le reconnais ? Est-ce que je l’accueille en silence ? En confiance ? Est-ce que je saisis sa main tendue ?
3. Le soir, après le coucher du soleil, Jésus guérit des personnes qu’on lui amène « atteintes de toutes sortes de maladies ». La ville entière se presse à sa porte, dit l’évangéliste… Jésus accueille tous et chacun, personnellement, avec ses faiblesses et ses difficultés. Il prend le temps pour chacun. Il donne le temps de Dieu à chacun. Ou : Dieu donne du temps à chacun par Jésus.
Est-ce que je laisse les autres me présenter à lui et dire leur désarroi ? Est-ce que j’ai le courage de faire cela moi-même ? Comment est-ce que je vis ces accueils ? Est-ce que je me mets au service, comme la belle-mère de Simon, quand sa présence « me guérit » ?
4. Le lendemain, bien avant l’aube – donc toujours de nuit -, Jésus se lève, sort dans un endroit désert et prie. Les nuits sont courtes pour Jésus ! Il recharge ses batteries : en priant, en se confiant et en maintenant la relation à Dieu. Jésus est connecté en Dieu. Ou : Dieu se connecte à Jésus.
Comment est-ce que je me connecte à Dieu ? Comment est-ce que j’entretiens la relation ? M’arrive-t-il de m’arrêter rien que pour ça ? Dans un lieu tranquille qui me permet de me mettre à nu ? Me confierais-je au Seigneur à un moment ou l’autre pendant cette journée ?
5. Le matin, ses disciples partent à sa recherche. « Tout le monde te cherche ». « Allons », dit Jésus, et « il se met à parcourir toute la Galilée en proclamant l’Évangile dans les synagogues et en expulsant les démons – par ce qu’il est là pour ça »… Jésus assume sa mission. Jésus vit en Dieu. En fils de Dieu. Ou : Dieu vit par Jésus, son fils.
Est-ce que je cherche Jésus ? Pour moi-même ou pour lui présenter d’autres (« tout le monde te cherche ») ? Est-ce que je reconnais, soutiens son action ? Est-ce que je répondrais à son invitation et l’accompagnerais sur les routes ? Comment, finalement, est-ce que j’appréhende, comment est-ce que je vis la « Bonne Nouvelle » qu’il proclame ? Le gain de ma recherche est-il la recherche même ?
Vous voyez qu’en quelques lignes, beaucoup de choses sont dites et nous sont renvoyées : Jésus parle en Dieu. Il accueille en Dieu. Il entre en relation avec Dieu. Il vit en Dieu. En fils de Dieu. Il agit et vit en Dieu. Et il nous invite à vivre en lui, maintenant, « le plein temps du Royaume de Dieu » (Sr Marie-Raphaël).
Pour Marc, il y a urgence...
Prière
Seigneur, dans le calme de la prière et l’ardeur du service, nous nous tenons humblement devant toi. Comme Samuel, ouvre nos cœurs à ta parole et fais de nous les réceptacles de ta présence [2]. Que, comme Jésus, chaque acte de nos vies soient une offrande à ton amour, une réponse à l’appel que tu nous adresses à chaque instant. Fais-nous la grâce de te connaître et garder toujours vivante une relation profonde avec toi.
[1] Expression à ne pas nécessairement comprendre comme « Jésus parle comme un Dieu », ou « Jésus est un Dieu qui parle », mais plutôt comme « Dieu est avec Jésus qui parle » ou « Dieu parle par Jésus ».
[2] A comparer avec ce qu’écrit Etty Hillesum : « C'est tout ce qu'il est possible de sauver en cette époque et c'est aussi la seule chose qui compte: un peu de toi en nous, mon Dieu. Peut-être pourrons-nous aussi contribuer à te mettre au jour dans les cœurs martyrisés des autres. »
Belle manière de voir le Christ brûlant d'activités pour le royaume...