Felix qui contemplat verbum (Lc 1, 39-56)
- Isabelle Halleux
- 30 mai 2024
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : 20 déc. 2024
Voici le jour de fête de la visitation ! Quelle chance : les annonces faites par l'ange à Zacharie et à Marie se sont concrétisées. Bientôt, très bientôt les enfants seront là ! (Lc 1, 39-56)
"Réjouis-toi, de tout ton cœur bondis de joie, fille de Jérusalem ! Le roi d’Israël, le Seigneur, est en toi", s'exclame Sophonie ! (So 3, 14-18)
"Jubilez, criez de joie, habitants de Sion, car il est grand au milieu de toi, le Saint d’Israël !", s'écrie Isaïe. (Is 12, 2-6 - AT3)
Quel beau cadeau nous offre la liturgie avec ces trois textes ! De quoi nous réjouir aussi !
Lisons-les ou écoutons-les.
Méditation - Contemplation
787 - Concile de Nicée II. Il s'agit de régler la controverse iconoclaste qui divisait l'Empire byzantin. Résultat ? Les Pères ont affirmé la légitimité de la vénération des icônes (à ne pas confondre avec l'adoration) : "Ce que la Parole dit, l'icône le montre silencieusement".
Alors : Heureux celui qui contemple la Parole ! Felix qui contemplat verbum ! Je vous propose de contempler ensemble cette icône de la visitation, ce qu'elle montre, ce qu'elle dit, et peut-être ce qu'elle ne dit pas...

"Marie se mit en route et se rendit avec empressement vers la région montagneuse, dans une ville de Judée." L'icône montre des montagnes. Comme toutes montagnes : pas faciles à gravir... Les montagnes sont souvent associées aux événements bibliques importants, des lieux de révélation divine, d'élévation spirituelle. Nous voilà avertis.
Le bord rouge autour de l'icône le confirme : la scène est sainte.
L'icône a été bénie. Discrètement, lors d'une célébration eucharistique, comme on le fait chez nous. Elle est sacrée.
Evidemment, l'icône ne montre pas le dialogue, ou plutôt les monologues des femmes : "Tu es bénie entre toutes les femmes." "D'où m'est-il donné que la mère de mon Seigneur vienne jusqu'à moi ?" ("Pourquoi m'est-il accordé", dit la traduction anglaise). "Mon âme exalte le Seigneur, exulte mon esprit en Dieu mon sauveur." Magnificat. Exulta.
On ne voit pas Elisabeth devenir "remplie de l'Esprit Saint" ni "l'enfant tressaillir d'allégresse en elle". Il y a des icônes de la visitation qui montrent les deux femmes avec Jésus et Jean dessinés en superposition sur leurs vêtements (1). Jésus bénit Jean. On attire l'attention sur eux.
Dans notre icône, inspirée d'une enluminure du psautier d'Ingeburge de Danemark, fin XII - début XIII, un des premiers à destination d'une femme, qui plus est reine de France, ce sont vers deux femmes, deux futures mères que l'on attire le regard; les deux femmes citées dès le début du premier chapitre dans l'Evangile de Luc : Elisabeth et Marie.

Marie est entrée dans la maison de Zacharie. Elisabeth grisonnante, accueille avec affection sa jeune cousine. Son geste est protecteur, maternel, doux. Elles s'embrassent. On peut imaginer le soutien, le support que l'une va apporter à l'autre pendant les prochains mois.
Le "velum", le drap souvent rouge qui couvrait la cour intérieure des maisons romaines, témoigne de ce que l'action se passe à l'abri des regards, dans un espace intérieur. Tout peut s'y dire, s'y vivre dans l'intimité, dans la confiance, dans la proximité avec Dieu. Un espace d'intériorité qui leur appartient, à chacune. Elisabeth. Marie. Elisabeth et Marie. Un événement bouleversant est vécu dans le cœur et l’intimité des deux femmes. "Pourquoi m'est-ce accordé ?". "Le Seigneur fit pour moi des merveilles". "Il s'est penché sur son humble servante..."
Le velum est aussi traditionnellement symbole du lien, du passage entre les deux testaments, l'ancien, celui des prophètes, le nouveau, celui du Messie annoncé. "Sa miséricorde s’étend d’âge en âge." "Il se souvient de son amour, de la promesse faite à nos pères". Avec Elisabeth et Marie, tout est relié, une trame de vie nouvelle se tisse… qui pousse vers le ciel comme l'arbre.
Nous entendons résonner en nous les paroles du Magnificat ! Une explosion de joie ! C'est la prière d'une femme : Marie. C'est la prière de femmes, au pluriel, car on y entend le cantique d'Anne (1 S 2, 1), la parole de Sara (Gn 21, 6), l'éclat de rire de Léa (Gn 30, 13), les paroles de Judith (Ju 15, 9). (2)
"Réjouis-toi, fille de Sion, de tout ton cœur bondis de joie, le Seigneur ton Dieu est en toi", prophétisaient Sophonie et Isaïe (So 3, 14 - Is 12, 1).
Bénie sois-tu Marie, entre toutes les femmes", dit Elisabeth.
Ce que l'icône ne dit pas, et que la Parole ne dit pas non plus, c'est la joie de l'iconographe de peindre, de "célébrer du bout de son pinceau la plus belle part de l’humanité, de se relier au souffle, à la verticalité" (3), c'est la joie d'une "conversation spirituelle" autour de cet évangile de la visitation, et celle de mesurer l'importance de la relation à soi, à l'autre, à Dieu. Grâces de l'Esprit ! Et puis, c'est aussi la joie d'offrir cette icône et de la prier, sachant maintenant tout ce que l'on en sait !
Bénie sois-tu, Marie ! Bénie sois-tu, Elisabeth !
(1) Icône de la visitation montrant Jésus et Jean dans le ventre de leurs mères

(2) Merci "La Croix" pour les références
(3) Phrase empruntée à Elisabeth Lamour
Prière finale
Nous te rendons grâce Seigneur pour cette joie communicative d’Elisabeth et Marie, choisies pour porter en elles l’espérance du peuple de Dieu. Nous te rendons grâce pour leur affection, leur soutien mutuel, leur partage. Avec ou sans parole, avec ou sans image, nous pouvons prendre la mesure de ton Amour.
Nous te demandons, par Jésus, ton fils, de pouvoir toujours contempler et méditer ta parole, inspirés par le souffle de l’ Esprit. A toi, notre Dieu pour les siècles des siècles. Amen.
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