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« Insiste encore », dit Dieu dans son silence (Lc 18, 1-8)

  • Photo du rédacteur: Isabelle Halleux
    Isabelle Halleux
  • 18 nov. 2023
  • 3 min de lecture

Dernière mise à jour : 30 déc. 2023



Jésus nous parle au travers d’une parabole : une veuve attend justice, le juge ne fait pas son boulot - il faut dire qu’il n’a guère de cœur, il n’est ni respectueux ni juste avec cette pauvre dame -, et en plus on ne peut pas dire qu’il soit courageux, puisqu’il cède pour être tranquille.


« Prier sans vous décourager », dit Jésus. Si même le juge agit quand on le tanne, alors Dieu si on le prie… Bizarre que ce juge fasse penser à Dieu et à la prière. Ou alors peut-être est-ce le comportement de la femme ?


Combien de fois n’ai-je pas vécu, dans mon quotidien professionnel, la situation où un jeune fragilisé, aux abois, dans une situation catastrophique qui l’empêche de vivre, se présente à la porte de mon bureau, après avoir déjà vécu un parcours de combattant avec des collègues. Je l’écoute. Et je sais hélas, qu’il me sera impossible de lui venir en aide, de lui proposer quelque chose de légal ou de digne. Je lui explique. Il part en remerciant. Et le lendemain, il me re-sonne ou revient frapper à la porte. Il dit qu’il a bien compris, mais que… si jamais… il doit bien y avoir une possibilité de… ? Que dire ? Que faire quand il insiste, revient et revient encore ? Où est la limite de la règle ? De la possibilité de mon intervention ? De ce que je suis prête à faire pour cette intervention ? Lui céder ? Lui céder quoi ? Lui donner ? Lui donner quoi ? Comment ?


A mon boulot, il y a Brigitte. Brigitte dont l’empathie n’a pas de limite. Brigitte qui se met dans des situations pas possibles pour des cas pas possibles – c’est aussi exaspérant pour son chef -, et qui me dit : « Isabelle, comprends-le : il n’a que cela comme richesse : l’espérance. Nous ne pouvons pas comprendre pas cela, nous ! » Et elle a sûrement raison.


Vous comprendrez pourquoi cet évangile de Luc m’interpelle au plus haut point : Sommes-nous iniques avec notre logique, nos règles, nos principes, notre immobilisme, avec notre exaspération face à l’insistance de ceux qui nous bousculent ? Jusqu'où suivons-nous ceux qui nous freinent ou nous empêchent ?


Qu’ont à me dire « la veuve » de Luc, « mon jeune » à propos de Dieu ?


Jésus l’annonçait d’entrée (Lc 18, 1) : il est question de « prier sans se décourager », ne pas se laisser abattre par la résignation et le fatalisme. « Il est question de rejet de la désespérance par la ténacité »[1]. « Tout est possible à celui qui croit » (Mc 9, 22-23). « Dieu peut tout en faveur de celui qui croit, c’est-à-dire de celui qui adopte une posture de confiance », dit Daniel Marguerat. « Ne m’en veuillez pas d’essayer. Inch Allah ! Si Dieu le veut », m’a dit un jour un doctorant. C’est sans doute là que mon expérience prend sens. Oublions l’exaspération, les limites du cas. Retenons la posture de confiance. La prière, en somme.


« Voilà donc la prière : un espace où coexistent confiance et doute, attente d’exaucement et de défaitisme. La prière est aussi ce lieu où l’incrédulité se laisse contaminer par une confiance et un abandon au Dieu qui peut tout. Prier puise sa force dans une volonté tenace de ne pas accepter le monde tel qu’il est. »[1]


La prière nous travaille, nous transforme, nous change, nous fait grandir. La prière répétée, persévérante, transforme celui/celle qui la dit, parce qu’on la dit et la redit, justement ; parce qu’on garde les mains ouvertes jusqu’à ce que la prière soit exaucée ; parce qu’on reste en relation intime avec Dieu, ce qui surpasse la demande même qu’on lui adresse.


« Insiste encore », dit Dieu dans son silence, « Tu seras exaucé ». C’est à la veuve, c'est à mon jeune visiteur qu’il le dit. C’est à moi aussi. Prier sans me décourager, car je frappe aussi à sa porte…

Prière

Seigneur, Nous sommes parfois « la veuve » de la parabole. Donne-nous la force de te prier avec persévérance, de ne pas accepter le monde tel qu’il est, d’insister pour la justice, d’être fort.es, en confiance. Nous sommes parfois aussi « le juge injuste », qui reporte, retarde, manque de respect, manque de conviction et de foi. Donne-nous de nous convertir et de mettre à l’écoute des autres avec humilité, d’agir avec ténacité.

 

[1] Daniel Marguerat (2016) - Et la prière sauvera le monde, Cabédita, 91 p.

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