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Saisir la main ou le poignet ? (Mc 5, 21-43)

  • Photo du rédacteur: Isabelle Halleux
    Isabelle Halleux
  • 27 janv. 2024
  • 4 min de lecture

La fille de Jaïre, Gabriel Max
Gabriel Max - La résurrection de la fille de Jaïre
Anastasis - détail
Détail de l'icône de l'Anastasis


Réflexion sur l'Évangile


Je m’arrêterai si vous le voulez bien à l’épisode de la fille de Jaïre, le chef de synagogue (Mc 5, 21-43). Cette enfant, ou plutôt cette jeune fille, de 12 ans est mourante. Les jeunes sont fragiles et vulnérables à cet âge-là... Jésus arrive trop tard. Elle est morte. Il saisit sa main et lui dit : « Jeune fille, je te le dis, lève-toi. »


Dans l’évangile de Marc, il est question de plusieurs guérisons opérées par Jésus qui saisit, impose, prend la main de la personne qu’on lui présente :

  • il saisit par la main la belle-mère de Simon (Mc 1, 31),

  • il prend la main de l’aveugle né (Mc 8, 23),

  • il saisit la main de l’enfant sourd et muet (Mc 9, 27),

  • il impose les mains au paralytique et à bien d’autres malades,

  • et ici il saisit la main de la fille de Jaïre (Mc 5, 41).


Je suis retournée à la v.o. de l’Evangile pour savoir quel(s) verbe(s) est(sont) utilisé(s) pour dire ce que l'on traduit en français par « prendre par la main » ou « saisir la main ». Et bien figurez-vous que le verbe utilisé en grec diffère quand Jésus prend la main de la belle-mère de Simon, du paralytique, de l’enfant muet, ou quand il prend celle de la fille de Jaïre ou quand il saisit la main de Pierre qui crie au secours en croyant se noyer. Le verbe utilisé dans le verset qui m’intéresse (Mc 5, 41), « κρατέω » (krateō), signifie « saisir », « retenir » ou « tenir fermement ». Il est associé à une idée de fermeté, de puissance, une force de préhension [1].


Tout de suite n’est venue en tête l’icône de l’Anastasis (ou de la descente aux enfers, ou de la résurrection). Vous savez, celle où Jésus, étincelant de lumière, brise les portes de l’enfer et saisit par la main Adam et Eve et sauve avec eux l’humanité toute entière. Jésus saisit Adam et Eve par le poignet. Fermement. Puissamment. La prise est sûre !


Reproduction en icône de la fresque « Anastasis » de l’église Saint-Sauveur-in-Chora, Istanbul - Iconographe : sr Jacqueline Poirier

La question n’est pas tant de savoir si les mains se touchent, se tiennent, se donnent, ou se saisissent, mais de donner un sens à ce qui se passe quand Jésus prend fermement quelqu’un par la main. Et là apparaît le verbe grec (« ἐγείρω » - egeirō), qui signifie « se lever », « se relever », « se réveiller » ou « ressusciter ».  Le même mot qu'utilisent les anges quand ils annoncent la résurrection de Jésus aux femmes venues au tombeau (Mt 28,6).


Jésus prend par la main la jeune fille morte à la vie, la réveille, la libère des ténèbres, la (re)met en marche, la ressuscite. Il la tient fermement ; elle ne risque plus de tomber.


Les témoins dans l’icône sont Moïse, Abel et les justes, les rois David et Salomon, le prophète Daniel, celui qui, pour la première fois, a prophétisé dans l’Ancien Testament la résurrection individuelle (Dn 12,1-3).  Il y a aussi Jean-Baptiste. Tous ces témoins font de la scène ce qu’on pourrait appeler « un événement d’Église ».


Jésus relève la fille de Jaïre dans l’intimité de sa maison, avec ses seuls parents et quelques disciples comme témoins. « Ils furent frappés d’une grande stupeur ». Je veux bien croire ! Et Jésus repart avec ses disciples (Mc 6, 1), laissant la famille et croisant sans doute « tous les gens qui pleuraient et poussaient de grands cris » (Mc 5, 38).  Ceux-là ne seront témoins que de l’effet de la « résurrection » de la jeune fille… et sûrement de la joie des parents.


A nous, il nous reste un autre vrai événement d’Église : la résurrection de Jésus lui-même, et notre joie !


Dans un autre registre, et pour terminer, je vous livre quelques paroles que l’on peut mettre en relation avec le récit de la fille de Jaïre. Si vous le connaissez, chantez-les aujourd’hui en y pensant : c’est une chanson qui date d’il y a presque 50 ans, écrite par Yves Duteil :


Prendre un enfant par la main

Et l’emmener vers demain

Pour lui donner la confiance en son pas

Prendre un enfant pour un roi

 

Jésus prend fermement la jeune fille par la main ; il lui donne vie, confiance, espérance en demain. Elle se (re)met en marche et prend sa place dans le royaume de Dieu.


[1] Le verbe utilisé pour guider l’aveugle-né ou sauver Pierre de la noyade est « ἐπιλαμβάνομαι » (epilambánomai) ; il a une connotation de soutien, d'aide ou de saisie dans le but d'empêcher quelque chose de mal de se produire.


 

Mais encore …


  • Luc nous rapporte un autre épisode de jeune ressuscité par Jésus : le fils de la veuve de Naïm. Il lui dit une phrase identique à celle qu’il a dite à la fille de Jaïre : « Jeune homme, je te le dis, lève-toi » (Lc 7, 14)

  • On peut aussi évoquer Ex 13.14 « C’est par la force de sa main que le Seigneur nous a fait sortir d’Égypte, la maison d’esclavage », et l’institution du jour de souvenir de cet événement : le jour de la Pâque.

  • Yves Duteil, Prendre une enfant par la main, 1977 : https://youtu.be/nuaNqlFdFSs?si=1QVu2-0MLdMhMDJb

 

 

30 janvier : Mémoire de Saint Mutien-Marie


Nous faisons mémoire le 30 janvier d’un saint belge, un saint wallon même : Saint Mutien-Marie. Né en 1841 à Mellet, en Hainaut, le « village des carottes », il entre au noviciat des Frères des Ecoles chrétiennes à 15 ans et deviendra surveillant et professeur de musique et de dessin pendant 50 ans au collège de Saint-Berthuin à Malonne.  Il est mort en 1917, sans avoir jamais rien fait d’extraordinaire : il a simplement servi et suivi les observances de la Règle de sa Congrégation, en accomplissant son travail quotidien avec fidélité. Et en priant beaucoup. C’était ce qu’on appelle un « saint homme ».


« Chemine en présence de Dieu », disait-il, « va de l’avant en écoutant celui qui te parle à travers les exigences de ton quotidien, exprime-toi devant Dieu, sois fidèle à toi et aux autres ». Et c’est en ce sens que l’Eglise catholique nous le propose en exemple : la sainteté est à la portée de tous !


Le pape Jean-Paul II l’a canonisé en 1989. Un beau vrai simple saint de chez nous ! 

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