Où es-tu ? (Gn 2, 9-24)
- Isabelle Halleux
- 11 févr. 2023
- 3 min de lecture
Dernière mise à jour : 19 févr. 2024
Dieu aurait pu dire : « Ca va pas la tête ? Qu’est-ce que j’avais dit ? » Ou « Mais comment as-tu pu tomber si bas ? » Mais non : pas de reproche. Une simple question : « Où es-tu ? ».

« J’ai entendu ta voix dans le jardin, j’ai pris peur parce que je suis nu, et je me suis caché. », répond l’homme. J’ai eu peur de toi, je te crains – nous savons que le mot crainte exprime la conscience que Dieu existe. J’ai pris peur parce que je suis nu, parce que cet aspect de moi, je ne peux pas le gérer et je le sais. Et je me suis caché. En hébreu, le verbe « se cacher » est le même celui pour « chérir, aimer ». L’homme retourne à son point intérieur, il reconnaît sa faiblesse et en même temps son amour pour Dieu qu’il connaît et qu’il chérit. Par une simple question, Dieu l’a rendu vivant.
Dieu continue à l’interroger : « Qui donc t’a dit que tu étais nu ? Aurais-tu mangé de l’arbre dont je t’avais interdit de manger ? ». Qui donc t’a dit ? Qui t’a fait prendre conscience que tu étais nu ? Cette question éveille la conscience de l’homme ; cela lui permet d’aller encore un peu plus loin : découvrir la présence en lui-même pour se positionner, définir sa place et l’occuper.
Et là, bam ! L’homme répond : « La femme que tu m’as donnée, c’est elle qui m’a donné du fruit de l’arbre. » Avouez que c’est dur, pour Dieu : la femme que TU m’as donnée... Serait-ce un reproche ? Ne vous y trompez pas : l’hébreu dit « c’est IL qui m’a donné du fruit » et non pas « c’est ELLE qui m’a donné du fruit » [1]. Le masculin est utilisé pour dire le don, la tendresse, l’abondance. Soyons donc positifs et pensons que l’homme était de bonne foi, qu’il avait confiance en elle. Et qu’elle lui donnait le fruit par tendresse, par amour. A peine créés, déjà un bon petit couple…
Le Seigneur dit à la femme : « Qu’as-tu fait là ? ». Il interroge la femme, simplement. Elle répond : « Le serpent m’a trompée, et j’ai mangé. ». Au- delà de son amour pour l’homme, la femme reconnaît l’influence du serpent. J’ai mangé, je mange et je mangerai encore… le temps hébreu qu’on n’a pas en français… Elle porte un regard critique sur son propre comportement et peut entrer ainsi dans un processus de repentir - la « Techouva » disent les juifs.
Dans sa pédagogie, Dieu ne s’adresse pas au serpent. Il ne donne pas la voix à celui qui rompt l’harmonie des valeurs, notamment à celui qui donne des pulsions de mort. On pourrait en parler…
S’ensuit une série de « transformations » pour tout le monde : serpent, homme, femme et terre comprise. Cela peut sembler un peu difficile à accepter venant de Dieu, mais ne serait-ce pas simplement la perte de la transfiguration, par l'Amour de Dieu, de notre quotidien banal ? Avant la transgression, cet Amour transfigurait tout. Maintenant, l’homme et la femme reçoivent ces transformations en miroir : souffrance dans la sexualité, dur labeur pour chacun et mort, un miroir indispensable pour leur permettre d’être présents à eux-mêmes mais aussi l’un à l’autre.
Vous avez compris que la pédagogie de Dieu, c’est de nous interpeler doucement et de nous donner, en confiance, la liberté de re-découvrir les choses par nous-mêmes. Le premier expérimentateur de la méthode, c’est l’homme, « l’être vivant » qui a été modelé par Lui, et avec l’homme « l’aide qui lui correspondra » : la femme. Le Seigneur est alors satisfait : « Voilà que l’homme est devenu comme l’un de nous par la connaissance du bien et du mal ! » (Gn 3, 22).
A la fin de notre épisode, l’homme appela « sa » femme « Eve, la vivante ». Il faudra attendre Genèse 4 (Gn 4, 25), Abel et Caïn, la « consommation du mal » pour qu’on découvre que lui s’appelle Adam. Adam, l’homme, l’humanité tout entière. A suivre …
[1] On peut discuter sur la traduction de « homme-femme », « ish-ishisha », « il-elle » – cfr. Isabelle Cohen
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