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Prends sur toi mon joug, mon bi-joug (Mt 11, 28-30)

  • Photo du rédacteur: Isabelle Halleux
    Isabelle Halleux
  • 10 déc. 2024
  • 3 min de lecture

Joug de boeufs
Joug de boeufs - Pinar del Rio, Cuba, 2023

 

Lectures du jour : (Is 40, 25-31) – (Ps 102) – (Mt 11, 28-30)


En ce 2e mercredi de l'Avent, la liturgie nous propose deux textes qui nous parlent de l'action bénéfique du Seigneur :

Ceux qui mettent leur espérance dans le Seigneur trouvent des forces nouvelles; ils marchent sans se fatiguer. Le Seigneur rend des forces à l’homme fatigué, et il augmente la vigueur de celui qui est faible. C'est du livre d'Isaïe.


Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos, dit Jésus dans l'Evangile. Deux idées, deux concepts, deux évidences (?) qui se rejoignent et que nous allons méditer.


Chantons les psaumes pour entrer en prière et ouvrir notre cœur à la Parole que nous allons entendre/lire.


Méditation

 

Quelle chance nous avons de cheminer avec Matthieu en ce temps de l’Avent ! Avec Matthieu, nous apprenons à connaître Jésus, qui il est, ce qu'il dit. Dès le premier chapitre de son Evangile, nous sommes avertis [1] : on l’appellera Emmanuel, Dieu-avec-nous. C’est de ce « Dieu-avec-nous » que nous parle le passage de l'Evangile que nous venons d’entendre.


Jésus dit qu'il allège le poids du fardeau et procure du repos. Génial ! Quand on prend sur nous son joug...


On utilise souvent le mot joug pour parler d'une contrainte forte et pesante, avec domination, soumission, servitude (le joug de l'esclavage, le joug d'un gouvernement et même le joug de l'opinion). C'est aussi dans ce sens qu'en parle l’Ancien Testament (le joug de Roboam et de son père dans le Livre des Rois, le joug du Roi de Babylone, dans le Livre de Jérémie) [2]. Alors : que veut dire Jésus en parlant de porter son joug, son joug à lui ? Est-ce un appel à soumission sous contrainte forte ? Peu libératrice ? Le joug d'un Roi ou d'une morale ? Personnellement, je n'y retrouverais pas le Jésus que je connais... Alors ? Il faut creuser un peu.


Un joug, c’est une pièce de bois permettant d’atteler deux animaux de trait en utilisant conjointement leurs forces pour effectuer un travail - labourer un champ, par exemple. (Si le joug est monoplace, cela s'appelle un jouguet). Le joug, c'est donc quelque chose (un lien fort) qui unit deux forces dans le but d’accomplir quelque chose ensemble.


Joug, en français, vient du latin « iugum » un mot qui peut désigner non seulement le joug lui-même, la pièce de bois, mais aussi le couple d’animaux (bœufs, chevaux, etc.) attachés ensemble. Iugum est parfois employé dans la littérature pour parler d'une paire ou d'un couple. En émane le mot « conjugal »...


Je relis le passage de l'Evangile avec ce que je viens de repréciser sur le joug  :

  • Prenez sur vous mon joug – invitation à compléter la paire dont un des deux est Jésus. Son joug deviendra notre joug, le joug de notre paire, notre paire, notre couple;

  • devenez mes disciples – prenons notre joug et marchons ensemble;

  • car je suis doux et humble de coeur - nous irons en confiance et en paix;

  • et vous trouverez le repos – ainsi, on dégrossit les problèmes, la pression tombe et le travail, le labour réalisé ensemble est libérateur.


  • Mon joug est facile à porter – évidemment puisqu’il est spécialement conçu, façonné pour nous deux, par nous deux - c'est aussi le cas dans le monde agricole : un joug n'est pas l'autre, parce qu'une bête n'est pas l'autre; il s'agit de ne pas la blesser;

  • et mon fardeau léger – nôtre, fardeau du coup, vu qu'on l'a partagé en deux;

  • Je vous procurerai le repos. CQFD.

 

Vous l’avez compris : le joug, c’est comme un biplace dont une des deux places est occupée par Jésus et l'autre par nous. Ce lien fort qui nous unit, cette relation intime, cette marche à deux, transforme le fardeau, le poids de la charge qui nous accable, parfois très lourdement, en quelque chose de supportable qui nous permet de vivre, libres.


C’est cela la promesse de l’Avent : la promesse d’un Dieu-avec-nous, sous le joug, ajusté à notre capacité humaine, à notre humanité, avec lequel nous marchons pour tracer le sillon de nos vies.

 

 

[1] (Mt 1, 23) : « Voici que la Vierge concevra, et elle enfantera un fils ; on lui donnera le nom d’Emmanuel, qui se traduit : "Dieu-avec-nous". »

[2] Lire par exemple (1 R 12) ou (Jr 27) 





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