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Sommes-nous des heureux ? (Lc 11, 29-32)

  • Photo du rédacteur: Isabelle Halleux
    Isabelle Halleux
  • 21 févr. 2024
  • 4 min de lecture

Dernière mise à jour : 28 févr. 2024

 



 

La liturgie du jour, en première lecture, nous remet en mémoire l’histoire de Jonas le prophète, mais surtout celle des ninivites vers lesquels il est envoyé (Jon 3, 1-10).


L'évangile, ensuite, nous parle du « signe de Jonas ». Si je vous demande ce qu’est le signe de Jonas, vous me répondrez sans trop hésiter : c’est le signe de la résurrection du Christ qui, comme Jonas, est resté 3 jours et 3 nuits dans les ténèbres avant de (re)vivre autrement.


Oui, ça, c’est dans Matthieu. Je cite (Mt 12, 40) : « En effet, comme Jonas est resté dans le ventre du monstre marin trois jours et trois nuits, le Fils de l’homme restera de même au cœur de la terre trois jours et trois nuits ». Luc, que nous entendrons aujourd'hui, ne reprend pas cette explication et nous emmène directement dans la direction de la conversion. Jésus s’adresse « aux générations », « aux foules qui s’amassaient près de lui », aux nations (païennes) : « Ici, il y a bien plus… »

 

Méditation

 

Aux foules qui s’amassaient, Jésus dit : « cette génération est une génération mauvaise, parce qu’elle cherche un signe » (Lc 11, 29). Peut-être cherche-t-elle en effet un miracle probant « à la Moïse »… Où est celui qui va libérer du joug des oppresseurs ? Comment savoir reconnaître celui qu’on attend ? Qui est celui-là qui chasse les démons ?


J'étais partie pour méditer sur les générations mauvaises, celles qui depuis 2.000 ans entendent ce texte et se font invectiver de la sorte, parce qu'elles cherchent ou attendent un signe. Qui peut leur en donner ? Et puis, de qui s'agit-il aujourd'hui : nous, nos enfants, nos petits-enfants, nos parents, nos grands-parents ? Et voila que, dimanche dernier, je vais à la célébration de l'appel décisif des catéchumènes à la cathédrale de Liège. Une cinquantaine de jeunes (et de moins jeunes), « païens », convertis à l'évangile qui veulent vivre à la suite du Christ. Ils seront baptisés à Pâques. Ils étaient radieux; leurs parrains et marraines aussi. La nouvelle génération, radieuse avec l'ancienne. N'est-il pas là le signe ? Alors j'ai approfondi un peu...

 

Si nous avions lu, les deux versets précédant notre extrait d'évangile jour, nous aurions peut-être pu comprendre plus facilement son contenu. Je vous les lis (Lc 11, 27-28) : une femme éleva la voix au milieu de la foule pour lui dire (à Jésus) : « Heureuse la mère qui t’a porté en elle, et dont les seins t’ont nourri ! » Alors Jésus lui déclara : « Heureux plutôt ceux qui écoutent la Parole de Dieu, et qui la gardent ! »

 

« Heureuse la mère qui t’a porté en elle et dont les seins t’ont nourris », Toi, Jésus, le Fils de Dieu promis à Israël ; Toi qu’elle portait en elle, Marie, qui proclame « tous les âges, toutes les générations me diront bienheureuses » (Magnificat, Lc 1, 48).

Et Jésus annonce, plus largement encore que : « Heureux sont ceux qui écoutent la Parole de Dieu et qui la gardent ». Heureuses les générations qui reconnaissent le Christ, heureuses sont celles qui écoutent la Parole et la gardent. Mauvaises, les autres ?!

 

Aux hommes de son époque, qui connaissent bien l’Ancien Testament, Jésus propose 2 figures pour éclairer ses propos : Jonas et la reine de Saba. 


Jonas, petit porte-parole de Dieu, qui appelle à la conversion les habitants de Ninive ; et la reine de Saba, qui reconnaît la sagesse de Salomon, roi d’Israël après l’avoir rencontré.  Avec eux, deux mouvements : Jonas, prophète d’Israël va vers les ninivites, vers la païens ; et la reine de Saba, païenne, vient à Salomon, roi d’Israël.

 

Luc insiste sur la conversion des ninivites suite à la parole de Dieu portée Jonas. Le signe cherché – et c’est peut-être bien le plus important -, c’est l’accueil favorable de la Parole et la conversion. La conversion des nations est attendue - rappelons-nous Is 6, 3 : Les nations marcheront vers ta lumière, et les rois, vers la clarté de ton aurore. La génération de Jésus l’a devant elle, le signe : c’est Jésus qui proclame la parole et qui amène les hommes et les femmes de son temps à la conversion. C’est plus qu’un signe, c’est plus que Jonas parce que Jésus est la Parole incarnée qui invite à la conversion ! Tous peuvent se convertir et le suivre. Juifs et païens.

 

Deuxième référence présentée par Jésus : la reine de Saba, figure païenne, venue du plus loin des nations pour rencontrer Salomon (1 R 10), le grand roi qui a fait bâtir le temple de Jérusalem. Elle se met à son écoute, admire sa sagesse et glorifie Dieu d’avoir mis sur le trône un roi si sage, un roi qui marche sur le chemin de Dieu. La reine est un exemple de conversion de quelqu’un qui se met en marche et reconnaît celui qui porte la sagesse. Il y a plus que Salomon, le bâtisseur du temple : Jésus est le Temple, le nouveau Temple, le lieu du pardon, le lieu par excellence de la miséricorde, le lieu où Dieu est présent à tout son peuple ! Le lieu où on peut aller en confiance, comme la Reine de Saba est allée à Salomon.

 

Malheureusement la liturgie ne nous donnera pas à méditer demain la suite de ce chapitre de Luc, qui nous parle de l’être illuminé par la lumière du Christ en accueillant la Parole. C’est un autre signe pourtant, un témoignage visible de la grâce du Christ… Un signe de notre temps, un signe que nous pouvons voir de nos yeux, au quotidien - comme à la cathédrale !

 

Il y a donc bien plus que Jonas. Il y a bien plus que Salomon. Il y a bien plus qu’un prophète d’autrefois, et qu’un roi d’Israël, tous deux serviteurs de la Parole appelant à la sagesse et la conversion. Il y a Jésus, qui est la parole, qui va à la rencontre, et vers qui on est invité à aller. C’est notre chemin de carême. Pour devenir peut-être nous-mêmes signes de notre temps, avec tous ces cathécumènes qui, aujourd'hui, cherchent, trouvent et croient.


 

Prière


Seigneur, nous avons compris qu’il n’y a pas d’autre signe que le Christ lui-même, Parole et Temple, donné, mort et ressuscité pour nous. En ce temps de carême, donne-nous de le rendre présent et vivant dans nos vies, nous inondant de lumière, pour qu'avec l’aide de l’Esprit, nous nous convertissions maintenant et toujours. Amen.

 

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